Qu’est-ce qu’une agence Web ?

Aux débuts du Web, dans la deuxième moitié des années 90, une agence Web avait pour activité la création de sites web. Depuis les choses se sont un peu complexifiées.

L’Internet s’est démocratisé et la demande a explosé. On a vu l’émergence de nouveaux outils (liens commerciaux dans les résultats des moteurs de recherche…) et de nouveaux usages (utilisation quotidienne des réseaux sociaux, Internet sur mobile…). En conséquence, le secteur s’est professionnalisé, spécialisé, segmenté, et de nouveaux métiers ont fait leur apparition : référenceur, webmarketeur, community manager, trafic manager…

Aujourd’hui, la palette des activités d’une agence Web s’est donc logiquement élargie. On peut dire un peu pompeusement qu’une agence Web accompagne ses clients dans la définition et la mise en oeuvre d’une stratégie Web. Stratégie qui inclut souvent la création ou la refonte d’un site web mais pas nécessairement et surtout pas exclusivement. D’ailleurs, avec la concentration du trafic vers les grands acteurs du Web, Facebook en tête, certains n’hésitent pas à prédire la mort des sites web… La vérité, comme toujours, est faite de nuances.

Pour être capable de nuancer justement, et de comprendre l’offre pléthorique dans le secteur des agences Web, je vous propose quelques éléments de différenciation des acteurs :

Degré de spécialisation

Certaines agences sont généralistes et réalisent des développements spécifiques pour répondre aux besoins de toutes les entreprises qui se présentent à elles. Parfois elles ont standardisé leur offre autour d’un outil de type CMS (Content Management System) et adaptent la demande à leur outil pour maîtriser les coûts. Parfois, les développements sont vraiment spécifiques et l’agence Web fonctionne alors davantage comme une SSII (Société de Services en Ingénierie Informatique) travaillant “au forfait”, c’est-à-dire fournissant de la “ressource”, du “temps-homme” en développement Web.

D’autres agences se sont spécialisées, de fait ou par choix stratégique, sur un ou plusieurs secteurs cibles. Par exemple, Alfa Concept propose aux agences immobilières un site web d’annonces immobilières “clés en main”. Ce type d’acteur se rapproche du modèle des éditeurs de logiciels avec une formule d’abonnement. L’investissement initial pour construire la plateforme a dû être important mais est aujourd’hui compensé par les revenus récurrents.

La spécialisation permet de gagner une vraie expertise sur un domaine métier mais peut être risquée. L’exemple de l’immobilier à cet égard est parfait : penser et parler immobilier toute la journée amène à être très bon pour répondre aux problématiques propres aux agences immobilières. Mais si le secteur est en crise c’est aussi s’exposer à une baisse énorme de chiffre d’affaires. En 2008, ce sont 3000 agences immobilières qui ont fermé leurs portes.

Une autre manière de se spécialiser est de cibler un type de besoin, tout secteur confondu. Par exemple, l’agence Profileo se positionne comme spécialiste du e-commerce. Je trouve ce positionnement stratégiquement très pertinent. D’abord parce que le marché du e-commerce est en plein boom et que toutes les entreprises sont potentiellement demandeuses. Mais aussi parce que d’un point de vue métier, le gap entre un bon site e-commerce et un mauvais est énorme et la sanction immédiate, bien plus que pour un site web simple. Il y a donc plus de valeur ajoutée à apporter sur un projet e-commerce ce qui rend la valorisation de son expertise beaucoup plus facile à terme.

Pour conclure sur ce point, il faut noter qu’il existe bien entendu des agences Web qui sont à la fois généralistes et spécialisées.

Choix technologiques

Une page web comme celle sur laquelle vous posez les yeux en ce moment même n’est pas très complexe techniquement : c’est juste un assemblage de textes, d’images, de balises pour structurer le contenu (langage HTML) et d’indications pour l’afficher (langage CSS).

Ce qui est complexe, c’est la couche logicielle qui génère cette page web. Elle doit permettre la gestion de l’interaction entre le site web et le visiteur : compte utilisateur (inscription, authentification), panier… Elle doit faciliter le travail de mise à jour du design commun à toutes les pages, en le factorisant sous la forme d’un “gabarit”. Elle doit offrir la possibilité de mettre à jour le contenu des pages dynamiquement via une interface d’administration en ligne. Etc.

Cette couche logicielle se matérialise de différentes manières selon les agences et selon le besoin :

  • sur la base d’un framework (cadre de développement) : Symfony, Ruby on Rails, Play, .NET… ;
  • sous la forme d’un CMS (Content Management System) : eZ Publish, Joomla, Drupal, Wordpress… coté PHP open source, SharePoint coté Microsoft ;
  • sous la forme d’une solution “prête à l’emploi” : Prestashop, Magento pour les sites marchands.

Certaines agences ont leur framework maison ou leur CMS maison, qu’elles ont développé au fur et à mesure de leurs besoins.

La question du choix technologique est particulièrement importante sil’on veut pérenniser son investissement. Laisser une agence utiliser son framework maison c’est lui être pieds et mains liés pour la suite. Mais, en même temps, les agences ne sont efficaces que lorsqu’elles travaillent avec les technologies qu’elles connaissent bien.

Pour illustrer toutes ces considérations, voici un excellent doublage parodique qui sent le vécu : La dure vie des développeurs web par Thibault Jouannic.

Taille et maturité de la structure

Depuis quelques années on assiste à une explosion du nombre d’agences Web, et ce d’autant plus depuis la création du statut d’auto-entrepreneur en 2009.

Le marché local est comme cannibalisé par ces nouveaux entrepreneurs individuels qui n’hésitent pas à baisser les prix au maximum pour obtenir des références et se faire connaître.

A l’opposé, on trouve des agences Web au rayonnement national, travaillant avec des moyens plus importants et des équipes aux profils complémentaires : graphistes, webdesigners, développeurs, référenceurs, testeurs, rédacteurs, commerciaux.

Finalement, comme dans toute industrie, une certaine congruence semble s’installer entre l’offre et la demande : les freelances débutants répondent aux besoins de TPE, les petites agences bien implantées localement ont pour clientèle les PME de la région et les grandes agences, souvent parisiennes, travaillent pour les grands comptes.