Ré-inventer le tourisme

Je déteste le tourisme de masse. Je trouve la visite de lieux dits touristiques dispendieuse et harassante. Dans son talk How to Fix Travel à TEDxStockholm, Doug Lansky résume bien le problème : la surfréquentation ruine complètement l’expérience.

Je suis donc très intéressé par tous les acteurs qui proposent alternatives et innovations dans ce domaine. Je vais en présenter quelques-unes. Mais d’abord, faisons un point un peu général sur les enjeux actuels du tourisme.

Des enjeux nombreux et complexes

L’industrie du tourisme pèse lourd dans les PIB de nombreux pays. 1,138 milliards de touristes internationaux ont été comptabilisés en 2014 (source : OMT). Cela représente une croissance de 41% en 10 ans. Le tourisme est une activité de plus en plus populaire qui impacte directement ou indirectement la vie de la plupart des habitants de cette planête.

À l’échelle des sociétés

Le tourisme permet aux populations de se rencontrer. Dans l’idéal, c’est un premier pas vers plus de tolérance, moins de racisme.

Le tourisme devrait aussi contribuer au développement durable des pays d’accueil. C’est toute la problématique d’un tourisme dit “éco-socio responsable”.

On peut néanmoins regretter que le tourisme contribue souvent à la muséification du monde. Les cultures locales sont peu à peu transformées en produits folkloriques pour répondre à la demande touristique.

D’un point de vue politique, chaque pays a une réflexion à mener sur son positionnement marketing : quels touristes souhaite-il attirer ? Au-delà du branding, il en découle des choix d’investissements.

À l’échelle des acteurs de l’industrie

La révolution numérique bouleverse le secteur du tourisme. Le web permet la désintermédiation : plus besoin par exemple de franchir la porte d’une agence de voyage physique pour réserver des billets d’avion.

De nouveaux titans émergent : TripAdvisor, Booking.com… Face à des situations de quasi-monopole, les petits hôteliers et restaurateurs ont bien du mal à conserver leurs marges.

À l’heure du tout mobile, les comportements des voyageurs changent. Dans un hôtel, une connexion Wifi de qualité est devenue aussi essentielle que la climatisation.

Il y a de la place pour autre chose

Dans ce contexte de fort changement et de forte demande, il y a de la place pour une offre variée et de nouvelles pratiques.

La ville de Paris l’a bien compris. Elle a inauguré en 2013 un incubateur de startups dédié au tourisme : le Welcome CIty Lab. Paris étant la première destination touristique au monde, le terrain est propice à l’expérimentation.

Choisir sa ou ses destinations

Les DMO s’arment pour promouvoir leurs territoires. Le nouveau site de l’Ile de la Réunion est un bon exemple d’effort officiel pour attirer, informer et capter de nouveaux touristes.

La Réunion

Mais c’est souvent du côté des startups que l’on retrouve les concepts les plus créatifs.

L’app Visiville cherche ainsi à nourrir votre Wanderlust en compilant les vidéos de voyage les plus inspirantes disponibles sur YouTube.

La startup The Social Travel vous incite elle à rendre visite à vos amis Facebook. Elle les affiche sur une carte et vous propose les solutions de transport adaptées :

The Social Travel

Planifier son séjour

Quand on sait où on veut aller, il ne reste qu’à s’occuper de la logistique.

Suivre les conseils d’autres voyageurs

Plusieurs webapps se sont positionnées sur le créneau de la planification sociale d’itinéraires. C’est l’idéal de la co-création appliqué au tourisme, le Voyage 2.0 : exit les agents aux recommendations biaisées, vivent les conseils de la communauté !

Tout le challenge sera bien sûr d’acquérir une masse critique de contributeurs. C’est ce que je souhaite aux lillois de Libertrip et au petit nouveau Travelabulous.

Libertrip

Mention spéciale pour Jauntful qui permet à chacun de créer et partager une carte de lieux sympas dans une ville donnée. Le PDF s’imprime sur une seule page A4 et se range facilement dans la poche :

Jauntful

Pour ne pas reposer sur le bon vouloir de contributeurs, JetPac analysait les photos Instagram géo-localisées pour détecter les points d’intérêt qui semblent provoquer le plus d’émotions positives sur les visages. Mais rachetée en 2014 par Google, la startup a coupé l’accès à son app.

Aller à la rencontre des locaux

L’approche algorithmique ne pourra de toutes façons jamais se substituer à la connaissance terrain de l’autochtone. La startup AirBNB et la communauté Couchsurfing ont popularisé l’idée que la rencontre avec les locaux enrichit le voyage tout en en diminuant les coûts. Les sexpats ne sont plus les seuls à chercher la rencontre !

Triip est une plateforme C2C qui permet de proposer des sorties thématiques rémunérées en qualité de “local expert”. Même principe pour VeryLocalTrip, fondé par un français expatrié à Bangkok.

Triip

StartupTravels est un réseau social qui permet aux entrepreneurs en voyage de rencontrer des entrepreneurs locaux. Plus largement, la plateforme Meetup facilite la rencontre d’inconnus autour d’intérêts communs. C’est ainsi que toutes les grandes villes ont maintenant leur Meetup Pub Crawl le vendredi ou samedi soir. C’est aussi autour de meetups récurrents que se construisent la plupart des communautés Tech.

Après le séjour

La tendance est au partage instantané de son expérience de voyage sur les réseaux sociaux. Les plus connectés livestreameront leur voyage grâce à Periscope.

Mais pour ceux qui préfèrent partager leurs photos à leur retour, il y a une alternative intéressante à l’album Facebook / Picasa / Dropbox : Exposure.

Do something meaningful with your photos

Leur slogan est un clin d’oeil provocateur à tous ceux qui entassent des kilos de jpeg sur leur disque-dur. Mais Exposure cherche surtout à pousser les photographes à raconter des histoires. Il ne s’agit plus de simplement publier ses photos en ligne, il s’agit de leur donner plus de sens en les incluant dans une trame narrative.

Exposure

Conclusion

Beaucoup des services présentés ici cherchent à apporter un gain de confort. Mais le voyage n’est-il pas l’occasion de sortir de sa zone de confort ?

Google Maps vous permet facilement de vous repérer dans n’importe quelle ville à l’autre bout du monde. Mais n’y avait-il pas un certain charme à demander son chemin à un passant ? Voire à se perdre dans les ruelles du vieux centre ?

Le Selfie Stick est une innovation simple et tendance qui vous évite la gêne de demander à un inconnu de vous prendre en photo. Mais le dialogue qui pouvait naître de cette interaction fortuite n’avait-il pas lui aussi un certain charme ?

Il n’y a bien sûr aucune réponse standard à ces questions. La technologie propose, le voyageur dispose.

L’innovation touristique la plus révolutionnaire aujourd’hui consiste d’ailleurs peut-être à proposer des séjours où toute innovation technologique est bannie : des séjours de digital detox.